Revue de presse  

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SWISS-SWISS DEMOCRACY


Thomas Hirschhorn
4.12.04 – 30.01.05
SWISS-SWISS DEMOCRACY veut aller au-delà de la Démocratie, ce n’est pas une provocation. Je veux avec Marcus Steinweg, Gwenaël Morin et sa troupe de théâtre tenir le siège du Centre culturel suisse pendant 8 semaines (4 décembre 2004 – 30 janvier 2005). Je veux avec cette présence et cette production quotidienne dés-idéaliser la Démocratie et je veux dé-stabiliser la bonne conscience démocratique. Je me révolte contre l’utilisation de la Démocratie, je me révolte contre l’absurdité de la Démocratie directe aujourd’hui en Suisse, mon pays, et je me révolte contre l’élection du conseiller fédéral Christoph Blocher.
Thomas Hirschhorn
Swiss-Swiss Democracy de Thomas Hirschhorn
par Michel Ritter, Directeur du CCS (5 janvier 2005)

Swiss-Swiss Democracy est une œuvre qui aborde la question de la démocratie directe en Suisse et, par delà, de la démocratie en général. Thomas Hirschhorn s’engage totalement en produisant une installation qui modifie complètement les lieux et invite un philosophe et un metteur en scène pour tenir le siège du Centre culturel suisse durant deux mois. Ils sont là tous les jours, sauf le lundi, de 11h à 21h, et chacun d’entre eux produit un événement dans l’événement qui devient un forum public, une œuvre totale.Thomas Hirschhorn dépasse les limites de l’engagement artistique habituel.
La forme et le contenu sont très spécifiques dans l’œuvre de Thomas Hirschhorn. Dans ces deux aspects, c’est l’urgence et la détermination qui priment. Dans la forme, l’écriture est directe, elle s’exprime comme si quelqu’un devait dire quelque chose dans la précipitation avec les moyens du bord, comme dans une manifestation. Thomas Hirschhorn utilise des matériaux que l’on peut trouver partout, simples et reconnaissables par tous, comme le carton et le stylo-bille. En plus de l’écriture, il utilise des images récupérées, que tout le monde peut voir dans la presse. Ces collages, ces textes et ces interventions sur les photos constituent un message direct, à l’échelle 1 sur 1, qui, au-delà d’une première lecture, se complexifient. Les contenus aussi relèvent de questions pertinentes provenant de l’urgence et de l’actualité. Des questions que nous devons nous poser ici et maintenant, même si elles se réfèrent à des personnalités disparues.
Dans Swiss-Swiss Democray, Thomas Hirschhorn expérimente une nouvelle forme de communication. Il crée un environnement total, comme une deuxième peau qui recouvre dans son ensemble l’intérieur du lieu, ne laissant que les plafonds dans leur état initial. Les spectateurs se trouvent dans cet environnement, comme s’ils étaient à l’intérieur du tableau. Cette manière de procéder est propre à certaines installations artistiques. Chez Thomas Hirschhorn, le tout est volontairement exagéré et dégage un sentiment d’énergie, de travail et d’investissement. Sur cette deuxième peau constituée de cartons colorés en jaune clair, bleu clair et rose clair, est collée une multitude de coupures de presse, de photos, de graphiques. Des slogans produits par différentes personnalités, y sont aussi inscrits, dans divers styles d’écriture. Tout se rapporte à la démocratie en général et au fonctionnement de la démocratie directe en Suisse. Ces informations relèvent du recyclage, aucune n’a été produite par l’artiste : il les présente simplement dans l’environnement de l’exposition. Des objets présentés dans des vitrines et se rapportant à la démocratie, sont mis en relation avec des graphiques de statistiques enrichis de mousse expansive. Celle-ci indique que certains des résultats sont faussés. Des blasons des cantons suisses sont collés partout sur les murs de carton, comme des enseignes. Il en coule une mousse expansive qui exprime un trop plein de démocratie ! De nombreuses maquettes de petits trains tournent dans des décors montagneux transpercés de tunnels, métaphore d’un système qui tourne en rond, mais aussi transport collectif, donc démocratique ! L’installation est recouverte de scotch brun, scotch qui permet de coller, mais surtout qui unifie tous les éléments en leur donnant une identité propre et différente de ce qui fait partie de notre quotidien.
Cet environnement, qui ne laisse personne indifférent, bombarde et produit des multitudes d’éléments qui incitent le visiteur à penser : le journal de Thomas Hirschhorn produit tous les jours et qui sort à 15h ; les conférences à 16h du philosophe Marcus Steinweg sur la démocratie, l’art et la politique, le sujet de la précipitation, la philosophie de la responsabilité, la liberté conditionnée par la responsabilité totale du sujet …La pièce de théâtre, mise en scène par Gwenaël Morin et interprétée par six acteurs sur le mythe de Guillaume Tell se joue tous les jours à 19h. Cette pièce interroge, selon Gwenäel Morin, « la figure symbolique de Tell libérateur pour critiquer la mythologie de la démocratie ». D’une écriture de l’urgence, elle réinterprète librement l’œuvre de Schiller et invente des scènes fortes qui touche la réalité de notre existence et l’histoire de Tell.
L’œuvre de Thomas Hirschhorn forme dans son ensemble une « machine à penser » innovante. Le public se sent entièrement pris à l’intérieur de cette « machine à penser » qui peut être comparée à un cerveau et ses ramifications. Notre réceptivité à cette abondance d’information est captée de deux manières : l’une consciente et l’autre inconsciente. Le public est poussé à participer activement par la discussion et le questionnement à cette manifestation du fait que les protagonistes sont présents et actifs.
L’image du programme annonçant l’événement est, à elle seule, une œuvre d’art. La juxtaposition d’une photo de la prison d’Abou Ghraib avec des écussons des trois cantons primitifs* permet une multitude d’interprétations. De plus, Thomas Hirschhorn a dessiné au bic des larmes sous la photo comme sous les écussons. Cette image pourrait faire référence à Tell : la relation entre l’agressé et l’agresseur serait ainsi défini comme un transfert contemporain du mythe. Elle peut aussi faire référence à la résistance des nationalistes irlandais, grévistes de la faim qui se recouvraient d’excréments comme acte de résistance ultime. On peut aussi imaginer que les écussons des cantons primitifs pleurent d’avoir trop de démocratie et que les Irakiens pleurent par manque de démocratie. En collant ces éléments sur un carton, l’artiste a voulu donner une représentation du monde actuel. Dans ce monde, il y a un pays démocratique qui a voulu sauver un pays d’une dictature et qui, en même temps, a torturé des prisonniers. La Suisse fait partie de ce monde et nous devons prendre conscience de notre responsabilité morale en tant que pays démocratique. Thomas Hirschhorn a voulu, par cette représentation, nous sensibiliser au fait que la notion de la démocratie est une notion universelle.


L'exposition Swiss-Swiss Democracy a bénéficié du soutien de la galerie Susanna Kulli (Zürich), et de la Fondation Nestlé pour l'Art, de la Fondation Charles Veillon et de Thomas et Cristina Bechtler, Suisse.
Thomas Hirschhorn conçoit et produit tous les jours (sauf le lundi) un journal "Swiss-Swiss Democracy" photocopié et diffusé gratuitement sur place. Le journal est également disponible au format .pdf.